La chronique de Nicole Esterolle

 

Le tas dans l’art contemporain

Je vous joins ces 3 images de ma collection de tas qui s’est bien s’enrichie…

Un tas de Tara Donovan

Un tas de Tara Donovan

un tas de Thomas Hischorn

un tas de Thomas Hischorn

un tas de Vanda Viera Schmitt

un tas de Vanda Viera Schmitt

J’en ai 80 environ…merci à tous ceux qui m’ ont aidée pour ce début de recensement.

Le tas, la pile, l’entassement, l’accumulation est donc, vous l’avez remarqué comme moi, une pratique installationniste quasi obsessionnelle en art dit contemporain. Il y cependant tas et tas…Il y a les accumulations d’Arman par exemple ou des land-artistes qui ont un vrai souci d’invention et de mise en forme plastique…et puis, il y a ceux que je collectionne, qui sont la traduction ou l’illustration d’une idée préalable du genre « tiens je vais faire un tas de bonbons, ou bien de parpaings, ou de terre, ou de charbon…et cela voudra signifier ceci ou cela de ma posture d’artiste conceptuellement engagé pour une oeuvre  processuellement discursive..

Car le tas, à la fois puissant symbole de tout ce qu’on veut et vigoureux propulseur de questionnement sociétal, est l’ingrédient performatif par excellence dans l’art dit contemporain et LA référence centrale dans l’enseignement de celui-ci. Le tas est photogénique et médiagénique. Il bouscule les codes, il occupe le terrain. Il attire la subvention. Il Interpelle le regardeur. Il plait au chroniqueur d’art, etc. On en compte des centaines dans les collections publiques (je ne désespère pas de les avoir tous en images). Et je cherche toujours un psy (accessoirement historien ou sociologue de l’art) qui va se pencher sur le cas du tas et le pourquoi profond de cette pratique débilitante dans sa désespérante répétitivité.

Ma première hypothèse est celle – ci : la pulsion de mise en tas chez un artiste serait une démonstration de force pour combler une faiblesse créative, boucher une vacuité ou une carence de fond, cacher une sorte d’autisme artistique, etc…en tous cas faire en sorte qu’ une incapacité manifeste à mettre en forme ou inventer une véritable écriture plastique, devienne un critère de qualification et de reconnaissance dans le milieu de l’ardicontemporain.

Et voici ce qu’en dit Jacquie Barral, un de mes lecteurs : « le tas comme inflation du vide… on amasse : au moins ça pèse, ça s’étale, ça s’impose… oui je crois votre hypothèse tout à fait valable. Il y a aussi dans cette forme de non rangement ou de simple amoncellement, des références avec le monde du travail aussi qui sont flatteuses, qui « connotent » bien en somme et puis il y a des tas inoubliables, ceux des camps de concentrations, tas d’habits, de cheveux et là une gravité survient. Je me demande si les références au tri, au rébus, au capharnaüm organisé, ne permettent pas de faire interrogation immédiate. Sans doute suffit-il de mettre en tas quelque chose pour que l’on se pose la question du pourquoi. ça n’a pas de sens mais le public en cherche un. ça ne vaut pas tripette sur le plan artistique mais c’est toujours séduisant des choses en tas. ça meuble, ça finit par faire construction d’espace et ce n’est en rien compliqué à faire. Le déchet, la ruine etc… ça parle, ça raconte un peu là même chose à chaque fois mais ça cause bien le tas »

Ma précédente publication de 40 tas : https://www.facebook.com/photo.php?fbid=807946509335733&set=pcb.803673563096361&type=3&theater

 

Un grand moment d’art contemporain : La rencontre Lavier-Millet au sommet de la cuistrerie artistique d’Etat

un grand moment d'art contemporain

un grand moment d’art contemporain avec Catherine M.

Lavier a peint en bleu cette commode

Lavier a peint en bleu cette commode et il nous explique pourquoi

On y apprend, au tout début de l’entretien, l’existence du concept d’ « objet visuel »…qui est, selon Madame Millet, « un objet que l’on voit »…à l’inverse de l’objet invisuel, qu’on ne voit pas… tel ceux présentés par Mr Guritta à la récente Biennale de Paris, consacrée à l’art invisuel… et Lavier nous explique pourquoi il a peint ce meuble en bleu…pour le rendre invisuel puisque le bleu est la couleur du concept… https://www.youtube.com/watch?v=nFIiGOyxvPk

 

 

 

 

 

Le très rigolo Bertrand Lavier à la Monnaie de Paris

C’est parce qu’il est l’artiste le plus marrant sur la place de Paris et le plus fouteur de gueule devant l’Eternel, que Lavier a été reconnu par la critique d’art officielle, comme l’un des quatre ou cinq « plasticiens » les plus « majeurs » de l’art contemporain français…

Lavier exhibant le peinture faite par un âne avec sa queue

Lavier exhibant la peinture faite par un âne avec sa queue

Il était au départ horticulteur, mais « C’est lorsque je me suis aperçu que l’art contemporain n’était pas de l’art que je suis devenu artiste contemporain », dit-il lui-même, farceur comme son maître Duchamp… Et tous les nervis de la culturocratie du ministère et des réseaux subventionnés de s’exclaffer en rond pour bien marquer qu’ils sont de connivence avec cette bonne blague, pour signifier aussi qu’ils possèdent les codes permettant d’en déchiffrer la « savante » autant que kolossale finesse et qu’ils se reconnaissent entre gens de la communauté des tarés du duchampisme consanguin.

Lavier expose donc à la Monnaie de Paris, à la suite de l’autre vieux facétieux Mc Carthy du plug anal et des nains de jardins en chocolat…Il a invité autour de lui quelques autres anciens copains de rigolade, arracheurs d’affiches, préleveurs de palissades, calembourreurs effervescents et readymerdeurs forcenés.

Il y a aura, comme mentionné dans l’article de Dagen du Monde, « deux automobiles, dont l’une est une Matiz et l’autre une Picasso” (ouarf !) “séparées par six troènes et accompagnées d’un dirigeable dégonflé aux plis très élégants” (re- ouarf !)…”Il y aura aussi en guest star, Kandinski, Gasiorowski et Boltanski, trois artistes qui, comme on le voit, ont tous fait du ski » (re-re-ouarf !)…Enfin bref, on va s’en payer une bonne rondelle à la Monnaie de Paris. Il y aura aussi cette fameuse toile de l’âne Borolani, peinte avec sa queue et l’aide de Roland Dorgeles au début du 20e siècle, et que Lavier présente ici joyeusement pour bien montrer que l’art est une énorme farce, mais qui peut rapporter gros. Notons enfin l’exquise complaisance du texte de Dagen du Monde pour les facéties de nos vieilles startouilles hexagonales… Dagen , premier gros niqueur d’art sur la scène artistique française, dont la polyvalente incontinence criticailleuse peut aussi bien se mettre au service de Koons, que du « financial art brut », que de l’œuvre du sculpteur Marc Petit, que de la Collection de l’Abbaye d’Auberive…ces deux dernières étant pourtant à l’extrême opposé du cynisme laviéresque, qui plait tant à cette vieille gauche culturelle identitaire à l’indékrotuptible “bien pensance” endogamiquement correcte.

Quand les non-peintres inquestionnent la non-peinture :

Une série de doctes et fumeuses  réponses à un questionnaire particulièrement niais sur la peinture.

Après 40 ans de désartification et de disqualification ministérielle de la peinture , voilà qu’elle revient…Alors , chez les anti-peinture, on se pose des questions à son sujet…Questions bien entortillées de telle sorte que les réponses le soient aussi,  autant qu’ absconses et pédantes…Questions posées par le « très peu peintre » Antoine Perrot, auxquelles répondent ici des gens comme Paul Ardenne et Catherine Millet qui ont pourtant bien œuvré pour disqualifier la peinture, et un tas d’autres  «  très peu peintres » à la picturalité terriblement  ennuyeuse et laborieuse tenant plus par son enrobage discursif que par une inventivité formelle propre…

une oeuvre du plasticien Antoine Perrot, auteur des questions sur la peinture

une oeuvre du plasticien Antoine Perrot, auteur des questions sur la peinture

Bref, un document d’époque, exprimant la panique des faux peintres et vrais posturaux, qui essaient ici d’endiguer le retour de la vraie peinture, sous des tonnes de pommade rhétorique à sodomiser les mouches…et d’essayer pitoyablement de reprendre le contrôle d’une chose qui les dépasse et à laquelle ils n’ont jamais rien compris.  (doc joint : oeuvre d’Antoine Perrot de la série « Exil »…)

voici le lien vers de document : http://pratiques-picturales.net/article30.html

Publication des 47 réponses reçues à la suite de l’envoi par Antoine Perrot d’un questionnaire à des artistes, critiques et philosophes.

Les questions étaient les suivantes :

1. À quelle peinture avez-vous affaire ou souhaitez-vous avoir affaire ? 2. Vous apparaît-il qu’existe quelque chose comme « un lieu pictural », qui serait ou ne serait pas celui de l’image ? 3. Pouvez-vous donner des exemples où l’utilisation de la peinture comme argument vous a énervé(e) ? 4. Y a-t-il des pratiques ou des discours qui, parce qu’ils bousculeraient la peinture, vous laissent perplexe ou vous semblent vivifiants ? 5. Pourquoi la peinture se maintient-elle ?

Voici les gens qui ont répondu :

Paul Ardenne, Erwan Ballan, Romain Bernini, Jérôme Boutterin, Claude Briand-Picard, Leszek Brogowski, Nicolas Chardon, Max Charvolen, Bernard Cousinier, Christophe Cuzin, Dominique de Beir, Noël Dolla, Michel Duport,Guillaume Durrieu, Serge Fauchier, Dominique Gauthier, Karim Ghaddab,Olivier Gourvil, Nicolas Guiet, Jean-Marc Huitorel, Rémi Hysbergue, Christian Jaccard, Maelle Labussière, Richard Leydier, Pierre Mabille, Maude Maris,Laurent Mazuy, Didier Mencoboni, Florence de Mèredieu, Yves Michaud,Catherine Millet, Miguel-Ange Molina, Marc Molk, Miquel Mont, Olivier Nottellet, Pascal Pesez, Philippe Richard, Christophe Robe, Baptiste Roux,Sylvie Ruaulx, Camille Saint Jacques, Daniel Schlier, Soizic Stokvis, Éric Suchère, Cédric Teissiere, Arnaud Vasseux, Emmanuelle Villard.          .

Un commentaire du philosophe  Yves Michaud : « Ce n’est pas parce que je fais partie des questionnés, mais je désapprouve les avis à l’emporte-pièce comme celui-ci. Autant vous pouvez parfois dénoncer des choses éminemment ridicules, autant vous manquez totalement du sens de la réflexion et de la discussion. ça nuit à votre crédibilité »

 

Quand les obscurantistes bretons résistent outrageusement à l’invasion de plantes vertes dans l’art contemporain

les plantes aiment la musique

les plantes vertes aiment le blues

C’est une exposition de trop dans le genre installationnisme délirant, qui a décidé sans doute la municipalité de Quimper de réduire sa subvention à son Centre d’Art Contemporain appelé « Le Quartier »…Encore un outrage à l’art d’Etat, qui permet à notre pimpante nouvelle ministre de la culture de hurler à l’obscurantisme nauséabond qui « fait le jeu du Front National »…Classique dans l’indécrottable bien- pensance de vieille gauche identitaire Nouvel Obs indékrotuptibles et Cie.. Belle et exemplairement contemporaine pourtant , cette installation, « entre construction et dépotoir », où il est question de musique pour plante vertes, de chant d’oiseaux, de chewing-gums et de brumisateurs… «  un condensé de notre société, entre zen et hardcore, entre bondage et musique classique »…tout pour plaire aux culturolâtres quimpérois amateurs de questionnement sociétal et alliés objectifs du FN.

Je vous joins  un lien pour plus d’info : http://le-quartier.net/A-VENIR-MUSIQUE-POUR-PLANTE-VERTE

Un robot, critique d’art...

Mr Berenson, robot -critique d'art, membre de l'AICA

Mr Berenson, robot -critique d’art, membre de l’AICA, en visite à la galerie Perrotin

Berenson, c’est son nom, et on lui a implanté, « un sens esthétique artificiel »…Il va faire concurrence, assurément, au trois quarts des critiques d’art français, membres de l’AICA, qui ont également un sens esthétique bien formaté et programmé par l’appareil bureaucratico-financier qui les a produits. (écouter au-delà de 6mn 32 sec http://robot.onscreengroup.com/berenson-le-robot-critique-dart/

 

Un Buren pro-républicain

un Buren aux couleurs de la République

un Buren aux couleurs de la République

Fabuleuse découverte d’un buren républicain du 18e siècle dans l’église Notre -Dame de la Daurade à Tarascon – con. … et certains continuent d’avoir honte de notre aplatisseur d’art national … et certains autres continuent de ne pas admettre qu’il est le pur produit mollardo-languien de la 5e république française…en voici la preuve 223 ans avant la Fondation Vuitton. …

et une républicaine anti-buren :

une anti-buren

une anti-buren

 

 

 

 

 

 

 

 

Une Biennale d’art « invisuel » : sans œuvres, sans expositions, sans curateurs ni galeristes…et sans public

au chic parisien

au chic parisien

Coup d’envoi hier de la Biennale de Paris… délocalisée, jusqu’au 3 juillet, à Beyrouth. Et rencontre avec Alexandre Gurita, son directeur et « réinventeur » (lequel avait proposé son mariage comme sujet de diplôme à sa sortie des Beaux-arts et obtenu les félicitations d’un jury très alcoolisé http://imago.blog.lemonde.fr/2012/03/25/alexandre-gurita-lart-et-apres/ )… Lequel explique à « L’OLJ » les fondements de cette manifestation renouvelée, consacrée désormais à l’art « invisuel »… http://www.lorientlejour.com/article/993576/une-biennale-sans-oeuvres-sans-expositions-sans-curateurs-ni-galeristes.html

  Nouvelles et graves acquisitions au FRAC – Ile de France…

oeuvre de Mr Paulin au FRAC Ile de France, intitulée "notes sur l'ambiance"

oeuvre de Mr Paulin au FRAC Ile de France, intitulée « notes sur l’ambiance »

http://www.fraciledefrance.com/collection/nouvelles-acquisitions/

Il est loin le temps, dans les années 90, où Jérôme Serri, alors directeur du FRAC-Ile de France, véritable amateur et connaisseur d’art, faisait sécession avec l’incurie ministérielle…Il fut vite balayé par la toute puissante bureaucratie culturo-languienne qui depuis, a pu engranger des milliers d’œuvres du niveau de celles nouvellement acquises en 2016, comme celle-ci de Monsieur Paulin, intitulée « notes sur l’ambiance »… Rien de bien nouveau en réalité, question ambiance dans les FRAC…

Et je vous joins le lien vers la désopilante visite des Elus à Beaubourg avec Jérôme Serri http://www.musee-imaginaire-patagonie.fr/quand-des-elus-visitaient-beaubourg/

 

 Quand l’Institution elle-même devient l’objet de l’oeuvre d’art

12 Forever dora garciaJe cite le com de presse :

« Forever existe de par la convention qui lie l’artiste au Frac Lorraine. Elle prend la forme d’une webcam installée dans l’une des salles d’exposition du Frac et qui permet, potentiellement à l’artiste, d’observer en continu et «  à jamais  » ce qui s’y passe… ou ne s’y passe pas. 

Deux questions prinicipales sont donc soulevées : • que signifie «  à jamais » à l’échelle de vie et d’envie d’une artiste, d’une institution, d’une œuvre d’art ? • une œuvre peut-elle agir sur l’habituelle chaine de relations « artiste > œuvre d’art > institution > public » pour l’invertir en « public > institution > œuvre d’art > artiste » ?

Avec Forever, c’est l’institution et les récits qu’elle produit (d’ordre personnel, institutionnel et public) qui deviennent l’objet de l’œuvre d’art. »

Un sommet donc dans la cuistrerie institutionnalisée, fonctionnarisée, subventionnée, contemporanisée…

De l’ultra-local à l’international…du modeste au grandiose

pour une réinscription locale de l'art international

pour une réinscription locale et modeste de l’art international

l’art contemporain international récupère aussi le développement durable en faisant dans l’ « ultralocal » et le questionnement sociétalo-environnemental ! Avec la bénédiction de Ségolène…

En illustration : cette installation du jeune anglais Simon Startling émergent sur la scène artistique internationale, récent lauréat du Turner Prize accélérateur de carrière pour « financial artists »…œuvre célébrant le retour à la ruralité, au local, aux circuits courts…à la modestie en quelque sorte comme le montre cette image…

Extrait du dossier de presse : “Charbon” ou COAL”, ou “Coalition pour l’ art et l’ écologie” a été créée en France en 2008 par des professionnels de l’art contemporain, le développement durable et la recherche. Trailblazing et transversale, CHARBON travaille à promouvoir une nouvelle génération d’artistes mettant l’accent sur ??les questions environnementales et sociales, en partenariat avec des espaces culturels, les ONG, les scientifiques et le monde des affaires. CHARBON organise des expositions d’art contemporain de l’environnement dans des lieux prestigieux tels que l’UNESCO et le Domaine de Chamarande et a créé en 2010 l’Art CHARBON Prix et environnement… https://ceaac.org/expositions/ultralocal

http://www.projetcoal.org/coal/en/2016/06/04/coal-pr%C3%A9sente-ultralocal-au-ceaac-strasbourg/

L’ opportuniste qu’on n’attendait pas…

un retraité toujours engagé

un retraité toujours engagé

On s’attendait bien à ce que, suite à l’effroyable attentat de Nice, quelque artiste parmi les questionneurs sociétaux charognards notoires,  opportunistes surfant sur la médiatisation des grands tragédies , profite de celle de Nice pour se faire de la publicité personnelle…On attendait quelque Ai Wei Wei, ou Fromanger, ou quelque petit émergent de FRAC en mal de notoriété… On est bien surpris de voir arriver sur le sujet ce vieux cheval de retour de Noël Dolla… ancien de l’”Ecole de Nice”, de l’équipe “supports-surface” ,  professeur à vie à la Villa Arson…et donc bien installé dans sa rente de situation et dans l’historicité de son personnage.

Alors bien sûr, les indéckrotuptibles champions de la bien-pensance d’en faire une grosse tartine pour célébrer le courageux engagement de l’artiste… http://mobile.lesinrocks.com/2016/07/24/arts/lartiste-nicois-noel-dolla-reagit-a-lattentat-14-juillet-11854801/

Témoignage d’un élève diplômé des BA qui ne croit plus à l’Art Contemporain

oeuvre d'un post-diplomé de la Villa Arson

oeuvre d’un post-diplomé de la Villa Arson

autre oeuvre d'un post diplômé villa Arzon

autre oeuvre d’un post diplômé Villa Arson

J’ai reçu ce témoignage qui en dit long sur l’état de l’enseignement en écoles des BA “J’ai eu l’occasion de lire vos chroniques dans le Schtroumpf Emergent. Je suis un élève des Beaux-Arts de … qui vient de passer son DNA.  Je me suis senti profondément concerné par ce que vous avez pu écrire. Les « consanguins »… les « Schtroumpfs » qui imitent les financial artists… ce sont des réflexions que je me suis faites à plusieurs reprises lors de mon cursus au sein de cette école. Je ne vous ai lue que récemment, mais croyez-moi, je suis extrêmement rassuré de voir que ce que j’ai ressenti à l’égard de l’art contemporain et notamment du travail de mes collègues est parfaitement légitime, et partagé par d’autres personnes. Au fil du temps, je voyais ces amis devenir des « artistes » sans conviction, sans réelle motivation, étouffés par le système autoritaire qui nous a trop longtemps dicté quoi faire et comment. Ils en ont énormément souffert et une grande partie de ma promotion a décidé de renoncer à la possibilité de devenir artiste un jour, malgré l’émergence d’indéniables talents. Voir des ersatz de Duchamp et de Kapoor pendant 3 ans m’a profondément fatigué, et m’a aussi fait douter. En tant qu’aspirant artiste, mon seul et unique but est de transmettre une sensibilité, une pensée qui m’est propre à travers le dessin et les arts graphiques. J’ai quand même pu obtenir mon DNA -mais vous vous en doutez, sans mention et avec des commentaires mitigés de la part du jury-, mais le corps enseignant a décidé que je ne pouvais pas continuer dans le but d’obtenir mon Master. Ce qui est dommage compte tenu de mes projets concrets d’aller en Chine dans le cadre des relations internationales, et ainsi nourrir mon travail de choses autre que cet art contemporain absolument étouffant (en tous cas c’était assez concret pour que l’école en question ait accepté de m’accueillir avant même que le corps enseignant soit au courant à un certain moment de l’année, hahaha… décidément.) Je ne rejette par l’art contemporain, cependant. J’ai conscience de que ça m’a apporté, mais il est absolument hors de question que je vise un métier d’artiste dans ce paradigme.”

Mes récentes belles cueillettes sur internet

Après les images plutôt débilitantes figurant au-dessus, voici des images d’espoir et réconfortantes quant à l’avenir de l’art

Chacun des liens ci-dessous vous permettra de voir les images  des 40 des artistes qui y figurent et que je viens de découvrir sur internet.  https://www.facebook.com/photo.php?fbid=827676670696050&set=pcb.827677924029258&type=3&theater

https://www.facebook.com/photo.php?fbid=823929914404059&set=pcb.823931681070549&type=3&theater

https://www.facebook.com/photo.php?fbid=817329961730721&set=pcb.817331548397229&type=3&theater

https://www.facebook.com/photo.php?fbid=809720739158310&set=pcb.809722472491470&type=3&theater

https://www.facebook.com/photo.php?fbid=804894666307584&set=pcb.804897276307323&type=3&theater

https://www.facebook.com/photo.php?fbid=800015096795541&set=pcb.800017910128593&type=3&theater

Partagez ces images de l’art d’aujourd’hui !

Pour pallier aux méfaits de ce totalitarisme de l’art dit contemporain, qui survalorise le contenant au dépens du contenu, qui disqualifie et occulte 90% de la création actuelle, il y a aujourd’hui internet qui permet de donner visibilité à cette part non autorisée, mais extrordinairement riche et foisonnante de la création actuelle…Comme une flore inépuisable…

Alors il faut utiliser à fond cet outil d’information, pour collecter et faire circuler les images… pour affirmer une solidarité entre artistes contre les méfaits conjoints des spéculateurs cupides, des bureaucrates aveugles et des profs incompétents. Alors merci à tous les cueilleurs et partageurs d’images d’œuvres nouvelles et surprenantes sur facebook, merci à ces généreux chercheurs d’art, qui me (et nous) fournissent en images à partager librement. 1

Publié dans Les Chroniques de Nicole Esterolle | Commentaires fermés sur Le professeur Onfray a toujours quelque chose à dire

 

 

 

 

Chantal Cavenel

Ava-Poam

Audio-Visuel-Art numérique -

Production d'Oeuvres

Artistiques Multimédias

 http://vimeo.com/avapoam


Evolution de l’architecture solaire et bioclimatique.


«  Qui détient l’énergie détient le pouvoir »

 

De cette réalité découle pratiquement tous les litiges ,affrontements et guerres ,depuis l’ère des temps.

Après l’apparition du feu ont suivis , le bois , le charbon ,le pétrole ,le gaz, l’énergie nucléaire  Les intérêts et la politique découlent bien souvent de la possession de ces énergies et ce ,sous tous les prétextes.

 

Les pollutions découlent de leurs utilisations n’ont jamais tracassés leurs utilisateurs

 (énergies fossiles principalement , en dehors du nucléaire).

De nombreux appareils ont été conçus pour l’utilisation de ces diverses énergies . La concurrence a toujours été ardue ,pas toujours loyale ( convecteurs radiateurs , pompes à chaleur  ( air-eau /eau-eau ), serpentins dans le sol , équipés de chaudière au gaz , fuel , électricité , mixte ; avec ou sans 

fabrication de l’eau chaude .

D’autres inventions n’ont pas donné satisfaction , dans le temps  tels que : panneaux solaires -  mur trombe  - tuiles spéciales. Les panneaux photovoltaïque sont très coûteux

( mais fabriquent de l’ électricité ).

Par contre de nombreuses publicités ont donné des informations peu fiables.

Pour rappel  et d’après des calculs sérieux les prix sont les suivants :

maison de 100 m 2 ,en 1992  : Bio-énergie (fioul - électricité) 7530 f (coût annuel ).

Le tout électrique 6428 f ; chaudière GPL  :6301 f ; au gaz : 5735 f ; gaz à condensation : 5448 f , fioul classique :4893 f  , charbon : 4612 f ; fioul haut rendement :4310 f ; bois :4232 f .

Seul l’architecture solaire-bioclimatique  à énergie douce permet d’obtenir des économies certaines (50 %  et plus,80% actuellement) avec des investissements de 10% à 15% du prix de la construction.

Cette partie , non motorisée ,n’accuse aucune usure ,avec le temps (soleil, vent ,lumière….).Il existe également un système de  chauffage par miroir parabolique, pour couvrir des quartiers de ville entière. Il existe bien l’énergie solaire ,le « tout solaire »mais face à la  concurrence , elle est

reléguée au second plan.

Les énergies renouvelables se proposent de remplacer les énergies fossiles

Dans un but d’économiser l’énergie et réductions des pollutions ( et du réchauffement de la planète ) Pratiquement tous les pays du monde ont mené cette politique souhaitée .

Depuis près de 20 années , excepté la France qui a choisi le « tout nucléaire » via

EDF ,et ce à 80% .

 

Depuis peu , l’Europe a imposé 20% de remplacement de cette énergie .

Seul ont été retenu les grandes hélices éoliennes . Celles-ci gigantesques , sont valables, dans le

désert , le long de la mer, mais sûrement pas pour alimenter des villages et des grandes villes .

Les intérêts privant l’écologie , il a été décidé, hélas , le renouveau du parc nucléaire , pour 30 ou 40 ans !

Les concurrents sérieux ayant été « étouffés »; il n’y avait pas d’alternative .Le « tout solaire »

existe bien actuellement . Ce genre de boy cote commercial à fini de porter ses fruits .

 

En 2030/2040 la conversion tant attendue fera cruellement défaut .Ce qui risque de provoquer une crise économique d’une ampleur peu mesurable. Et ce , pour autant qu’il ne se passe pas un 2  éme

Tchernobyl , entre temps...

Naftuli  Swierczynski

Dans les années 90......

 



MERDE À DUCHAMP !

MERDE À DUCHAMP

 

Voici un article incroyable paru récemment dans la très littéraire revue des Archers à Marseille. Il est signé Jean-Pierre Cramoisan, écrivain et poète de son état.

C’est un texte magnifique, imparable, virtuose, inventif, érudit, drôle autant que sérieux et maîtrisé, très documenté autant qu’informatif, époustouflant de vérité, percutant comme jamais vu…Merci Jean-Pierre tu es un grand poète ! Merci pour ton courage d’affronter les fatwas de tous ces théologiens intégristes du duchampisme d’Etat, de Marseille et d’ailleurs

Ce texte récapitulatif à valeur hautement littéraire autant qu’historique, mérite ample diffusion. Et c’est pour cela que je l’ai « mis en ligne » ici

Il est assez long , comme vous le verrez, mais prenez votre temps pour le lire et le déguster. Imprimez-le. Faites-le suivre aux amis, tout ou partie.

il HOOQ le prophète

il HOOQ le prophète

Est-ce par une fatalité des décadences qu’aujourd’hui chaque art manifeste l’envie d’empiéter sur l’art voisin, et que les peintres introduisent des gammes musicales dans la peinture, les sculpteurs, de la couleur dans la sculpture, les littérateurs, des moyens plastiques dans la littérature, et d’autres artistes, ceux dont nous avons à nous occuper aujourd’hui, une sorte de philosophie encyclopédique dans l’art plastique lui-même. Charles Baudelaire  - l’Art philosophique

Depuis le temps que je reçois ici et là des informations sur la misère, la décrépitude et le marécage où patauge l’art contemporain, je veux bien sûr parler de celui qui est estampillé par le marché, hystérisé par les collectionneurs et les institutions, je me suis décidé à ne plus rengorger mes indignations et mes coups de gueule. J’ai tenu à reprendre la lutte contre l’imposture des donneurs de leçons qui se délectent du rien et du pas grand-chose, dénoncer tous ces simili plasticiens célébrés avec le fric du contribuable, ce dernier n’ayant rien à foutre de cet art-là, car sans doute n’en a-t-il jamais eu la moindre idée, ou bien a-t-il un jour orienté son regard sur un amoncellement, ou encore mis le pied dedans sans se douter que c’en était vraiment, de l’art. Le constat est accablant, pire : complètement hallucinant !

Voici donc deux ou trois choses que je pense de ceux qui participent au plus grand gâchis qu’ait eu à subir l’art depuis ses origines, la plus grande tombe qui ne lui ait jamais été creusée.

Mini-art et maxi-prix, plus-value aux scandales chicos, aux foutages de gueule, moins il y a penser, plus on flirte avec le sérieux et l’inventif. Les conseillers des grands mécènes sont là pour impulser les nouvelles tendances, ce sur quoi il faut miser, ce qu’il faut acheter comme valeurs sûres ; et les voilà qui rendent le marché de l’art complètement foutraque en honorant les caresseurs du vide et leur passant commandes. Parfois l’ébauche d’une œuvre, pour peu qu’elle reflète un esprit débraillé et aguerri au scabreux, à l’exécrable, voire au nauséeux, donc forcément prometteuse, excite la convoitise et la spéculation. Il est impératif que l’art ne ressemble à rien où qu’il devienne le miroir délectable d’une pitoyable crétinerie ; il faut que ça interroge, décapsule la libido, dénoyaute le ciboulot, bref que ça déboussole ! Il faut saisir les artistes d’aujourd’hui dans leur jus pour comprendre et déguster ce qu’ils nous mitonnent ! Surtout pas de peinture, c’est beaucoup trop ringard ! Qui trouverait à redire à ces mous de l’hippocampe, dont la cote et bien souvent la crotte (on le verra plus loin) explosent dans les ventes aux enchères. Loués soient ces artistes couvés par la critique, exposés dans des fondations qui ont pignon sur dollars et qui, pour certains, sont déjà enmuséés vivants ! S’ils se plaisent dans la platitude, ce n’est ni pour servir la réflexion ni élever le goût, mais pour fabriquer des inepties à la hauteur de leur inconsistance. La recette la plus prisée consiste le plus souvent à confronter des chefs-d’œuvre de l’art à de franches rigolades de potache qui font peser sur la culture une interprétation outrancière, assénant avec un aplomb carabiné tout et son contraire, imposant les hyperboles les plus consternantes à ceux qui ont le pouvoir d’ouvrir les tiroirs-caisses. Toute expression picturale qui n’exprime pas de la tartouillade est démodée, dédaignée, proscrite : il faut du taf toc, de la teuf neuve, du poncif insolent, de la débraillade, de l’indécent, mille partouzes de Millet ! Aux Chiottes l’esthétisme ! Or l’esthétisme est une chose qui leur échappe, au point que l’on a envie de leur conseiller d’aller faire un tour dans l’œuvre de Hegel plutôt que de se manuéliser le machin avec leur maître, que dis-je, leur dieu, hélas mort, mais qui, depuis les années 1910, a fait plusieurs centaines de disciples : Marcel Duchamp.

Puisqu’il faut bien commencer par le début, intéressons nous à lui.

pas le moral, Marcel?

pas le moral, Marcel?

De 1902 à 1911, Duchamp n’échappe pas aux influences de son époque. Il traverse l’impressionnisme, Cerisier en fleurs, Portrait de sa sœur Yvonne ; l’influence Cézanienne, Portrait de son père, Portrait du docteur Dumouchel ; le fauvisme, Matisse et ses études de nus ; le cubisme, Nu descendant l’escalier, dégringolade répétitive de corps imbriqués dans le mouvement. Toutes ces nouvelles tendances artistiques ne l’intéressent que modérément et brièvement. En février 1912 alors qu’il s’apprête à proposer son Nu descendant l’escalier au Salon des Indépendants, Albert Gleizes lui conseille de retirer cette toile jugée peu conforme à l’orthodoxie cubiste. Une sorte de cubisme, soit, mais qui s’apparente un peu trop à du futurisme. Bref, il déplaît aux puristes qui lui demandent d’effacer au moins le titre de son tableau. C’en est trop ! Vexé, ulcéré, Duchamp le retirera pour l’exposer en mai de la même année à la Galerie Dalmau à Barcelone, puis en octobre à Paris au Salon de la Section d’or. Mais c’est en Amérique à l’Armory Show de New York, en 19131 que sa descente de Nu obtient son plus beau scandale : on raille, le tableau, le comparant à « une chute de tuiles » ou encore « au métro aux heures d’affluence ». Duchamp a beau être brocardé, il incarne désormais l’artiste représentant le mieux l’avant-garde internationale. Mais il n’y a guère que la mouvance Dada qui trouve grâce à ses yeux. C’est d’ailleurs avec les dadaïstes qu’il ressent un attrait, avec eux aussi qu’il noue ces sortes de mondanités électives entre artistes, car c’est en fustigeant la logique et la triturant dans tous les contraires du sens qu’on se fend mieux la poire. C’est la grande poilade, la reviviscence d’un néo-langage où le rien et l’absurdité s’invitent en abracadabrant, dadatant et gagatant sur des tables transformées en cercueils, ceux de l’art, dans un caboulot, au 34 boulevard de Clichy. En mai 1920, Raymond Radiguet décoche une flèche, un article qui restera inédit jusqu’en 1956 : Dada ou le Cabaret du néant 2. Il fallait des couilles à l’époque car il ne faisait pas bon s’afficher contradicteur des Jacques Pierre Vaché, André Breton, Philippe Soupault, Théodore Fraenkel et autres explorateurs de cette pire bohème, celle des incohérents, des artistes armés de leur brûle-gueule qui s’autoproclamaient incontestables donc incontestés, étendant leurs divagations narcisso-novatrices, déchagrinant leur ennui mortel et s’égayant de toutes sortes de paradoxes et de loufoqueries qu’ils justifiaient par le droit de se contredire. On assiste à la déferlante d’un vrai terrorisme intellectuel ! Devant ces bourre-tons prêts à la castagne, les critiques faisaient dans leur froc ! Non, le néant n’est pas mort, il bande encore. Dans son Manifeste Dada, en 1918, Tzara écrivait : Il nous faut des œuvres fortes, droites, précises et à jamais incomprises. Jacques Pierre Vaché, en janvier 1919, aura le cran d’aller jusqu’au bout de la déglingue dadaïste en se faisant sauter le caisson à coups d’opium, tandis que la même année Breton écrira sans aucun état d’âme dans une lettre à Tristan Tzara : Tuer l’art est ce qui me paraît le plus urgent, mais nous ne pouvons guère opérer en plein jour. Que signifient ces mots en plein jour ? Fallait-il finasser ? Se montrer sournois ? Perfide ? Manquait-il à ce point de courage qu’il eût voulu fomenter cet assassinat dans l’ombre ?

Le rêve délectable de Breton libèrera tous les chacals en leur livrant le cadavre de l’art. Au Salon des Indépendants, en février 1920, Francis Picabia écrit dans son Manifeste Dada : Ils ont cubé les tableaux des primitifs, et les statues nègres, cubé les violons, cubé les guitares, cubé les journaux illustrés, cubé la merde (déjà) et les profils de jeunes filles, maintenant ils vont cuber l’argent. Toujours le même Picabia, en 1920, élève l’insignifiance à son Himalaya avec un nouveau Manifeste Cannibale Dada, lu par Breton à la Maison de l’Œuvre : Dada ne sent rien, il n’est rien, rien, rien – il est comme nos espoirs : rien – comme nos Paradis : rien… À la fin de la soirée, on exhibera une toile de Picabia sur laquelle sont dessinés en lettres noires : en haut Portrait de Cézanne, à gauche et à droite Portrait de Rembrandt, Portrait de Renoir, au milieu un singe en peluche épinglé dans une posture grotesque, le tout intitulé au bas Natures mortes. Bientôt les pitreries de ces jeunes gens attardés finiront par vider les salles. D’ailleurs, en 1921, Dada court moins vite, il a perdu de sa crinière, il a du plomb dans les sabots. En juin de la même année, lors du Salon Dada au Studio des Champs-Elysées, Tzara assène avec lucidité : Nous sommes tout à fait lâches, nous sommes complètement idiots et nous sommes surtout ridicules. Breton n’est plus là, il vogue déjà vers le surréalisme3. Duchamp, lui, refuse de participer et, partant, signe peut-être son plus beau ready-made, que personne n’aura remarqué, qui porte pourtant sa sacro-sainte « couleur verbale » : un télégramme sur lequel est écrit : Pode Balle. Si son destinataire ne l’avait pas bêtement foutu à la poubelle, il serait aujourd’hui encadré pour l’éternité au Philadelphia Museum of Art. Toujours en 1921, un groupe dadaïste emmené par l’inévitable Tzara bordélise la première du compositeur bruitiste Luigi Russolo4 au Théâtre des Champs-Elysées. Il y a ce soir-là dans la salle, entre autres personnes avisées, Stravinsky, Ravel, Mondrian, Diaghilev…

Le Dada express Zürich-Paris-Berlin s’essouffle.

Au début de sa carrière, Duchamp disait avoir hésité entre humoriste et peintre. Comme il a fait un peu de tout et finalement pas grand-chose, n’est une passion dévorante pour les échecs et certaines vaticinations et élucubrations patatraphysiques, il a continué sa démarche artistique avec lenteur. Subjugué par une hélice au Salon de l’Aéronautique à Paris en 1912, il dit à Fernand Léger et Brancusi : C’est fini la peinture, qui fera mieux que cette hélice ? Le sculpteur César s’en souviendra, lui qui soclera la sienne sur La Corniche à Marseille. A New-York, la vie est passionnante ; à la Gallery 291 du photographe Alfred Stieglitz, Duchamp fréquente le cénacle des artistes aux méninges surchauffées : le trio Duchamp-Picabia-Man Ray émerge et va fonder le New York Dada et La Revue 291. Période féconde et irréfrénée de la provocation, de l’arnaque artistique, des bons canulars et de la mystification ; c’est aussi le temps des joyeux calembouristes, des démolisseurs de la logique, des acrobaties de langage et autres paronomases époilantes. Le derrière de l’art est si déculotté qu’il n’a plus rien à cacher. On n’est pas dans l’anti-art, mais dans l’an-art. Ni Dieu ni Ecoles, un désintérêt pour tout ce qui relève du beau ou du goût, une fascination pour l’indifférence. Que n’a-t-il mis l’âme en flacon, comme il sut si bien le faire avec Air de Paris ?! Ou Dieu en boîte ! L’individu en tant que tel, en tant que cerveau, m’intéresse plus que ce qu’il fait, parce que j’ai remarqué que la plupart des artistes ne font que se répéter5. C’est la vie d’artiste rêvée. Duchamp va à son rythme, entre deux parties d’échecs, entouré d’amis puissants parmi lesquels la mécène Katherine Dreier pour laquelle il exécutera, en 1918, sa dernière peinture, Tu m’, une fresque de plus de trois mètres ; les époux Arensberg qui collectionneront fidèlement ses œuvres, ou encore Peggy Guggenheim dont il deviendra le conseiller artistique en 1930.

Les ready-mades sont des procédés qui vont donner à l’esprit Dada un supplément de subversion et de déstabilisation. Les extravagances qui jaillissent du vivier artistique new-yorkais sont une riposte du sympathique dilettante à la pipe. Après les tables-cercueils parisiennes où se réunissent et s’empoignent les dadaïstes, New York devient le tombeau de la peinture. Un enterrement à la Dada.

En 1913, la Roue de bicyclette créée à Paris déclenche le séisme des ready-mades et ses principales répliques : Porte-bouteilles, Paris, 1914 ; Pharmacie, Rouen, 1914 ; Pelle à neigeIn Advance of the Broken Arm – New York, 1915 ; Peigne en acier pour chien où figure sur la tranche ce blanc entartrage verbal : trois ou quatre gouttes de hauteur n’ont rien à voir avec la sauvagerie, New York, 1916 ; Fountain, signé R.Mutt, le pavé dans la marre de l’anti-art, New York, 1917 ; Belle haleine-Eau de voilette – étiquette figurant le portrait de Duchamp androgyné en Rrose Sélavy par Man Ray – New York, 19216 ; Why Not Sneeze Rrose Sélavy ? cage d’oiseau, morceaux de sucre réalisés en marbre blanc, thermomètre et os de seiche, New York, 19217; Neuf Moules Mâlic – 1914/1915 – cette œuvre peinte sur une plaque de verre, brisée en 1916 lors d’une exposition au Musée de Brooklyn et réencadrée entre deux plaques de verre par Duchamp, est une préfiguration de l’imperscrutable Grand Verre ou la Mariée mise à nu par ses célibataires, même8, lesdits célibataires étant : un cuirassier, un gendarme, un larbin, un livreur, un chasseur, un prêtre, un croque-mort, un policeman et un chef de gare. Durant sa lente marinade neuronale, échelonnée de 1915 à 1923, l’artiste fait le pari d’introduire dans l’art une impossible quatrième dimension. Cette machinerie érotique très compliquée envoie en l’air sa mariée et sa virginité, une sorte d’élévation dans le vide, car le verre est le matériau idéal pour renforcer l’idée de formes en suspension. Avec cette installation, il expédie pour très longtemps l’art dans une exosphère néanteuse. Pour la première fois, on peut voir une œuvre de tous les côtés en même temps et sous n’importe quel angle. A partir de ce moment plus rien ne sera comme avant, il rompt définitivement avec la peinture, bien que sa mariée fût faite avec des couleurs, des feuilles de plomb, du fil de plomb, du vernis… Duchamp était trop cérébral pour continuer à faire de la peinture, trop intellectuel pour se laisser aller à l’émotion. Il ne va pas sur le motif mais le réinvente en devenant du coup son propre motif9. Pendant que durera cette longue et obsessionnelle maturation, Duchamp se livrera sur une autre plaque de verre à un curieux élevage de poussière ; cinq ans d’accumulation et quelques coups de pinceau inspirés suffiront à réaliser un voyage dans le temps dont Man Ray réalisera une photographie saisissante qui fait penser à l’observation au microscope d’une croûte de lèpre pâle. Man Ray y verra plutôt une photo prise d’un aéroplane. Chacun voit le vide à sa porte. Comme la poussière qui se répand doucement, Duchamp prend son temps et, finalement, le temps le lui rend bien. En 1919, pensant sûrement à Sapeck, alias Eugène Bataille10 qui, en 1883, avait fourré une longue pipe dans la bouche de Mona Lisa, Duchamp s’amusera à son tour de la vénérable Joconde avec un petit ready-made rectifié, L.H.O.O.Q. ; Picabia s’occupera de lui dessiner une moustache et Duchamp une barbiche. Franchement, ne dirait-on pas du Desproges, voire du Pierre Dac ? Il y a toujours chez Marcel Duchamp une sorte de dérision nuancée d’impertinence, un ajout érotique un peu salace. Qui n’a pas détourné sa Joconde11? On lui en a fait voir de toutes les couleurs à cette pauvre florentine au teint ictérique. On ne sait d’ailleurs pourquoi elle est devenue une icône-star universelle de la peinture, car ce n’est pas ce que Léonardo ait fait de mieux ? Le sourire mystérieux, les yeux qui vous suivent… Qui est cette femme ? Est-elle un homme ? Un amant de Léonardo ? On s’en tape ! Même Freud ira jusqu’à repérer de l’homosexualité dans ce tableau, c’est dire !

Voici donc de quelle façon Marcel Duchamp décrit ses objets sans intérêt :

…le choix de ces ready-mades ne me fut jamais dicté par quelque délectation esthétique. Ce choix était fondé sur une réaction d’indifférence visuelle, assortie au même moment à une absence de bon ou de mauvais goût… en fait une anesthésie complète. … je décidais de limiter la production des ready-mades à un petit nombre chaque année... Et il continue : l’art est une drogue à accoutumance et je voulais protéger mes ready-mades contre une contamination de ce genre. Et pour finir en beauté, l’explication qu’il inscrit sur ses ready-mades …était destinée à emporter l’esprit du spectateur vers d’autres régions verbales. Il ajoute aussi …un autre aspect d’un ready-made est qu’il n’a rien d’unique. La réplique d’un ready-made transmet le même message… Ainsi sa sœur, lorsqu’ils déménagent de Paris pour New York, fout-elle à la poubelle le Porte-bouteilles patarafé par les démangeaisons cérébrales de l’artiste, sans se douter que du même coup elle le faisait entrer dans la vidange de l’Histoire de l’Art, car sur cet exemplaire figurait une des cucuteries dadaïstes dont il avait le secret. La phrase fut perdue mais Duchamp saura entretenir le mystère à l’égard de cet épisode en faisant montre d’une nonchalante amnésie. Irréparable perte pour ceux qui se délectent de la moindre trace laissée par le prophète comme l’évidence même de la vérité. Avec quelle géniale « couleur verbale » avait-il pu aider ce brave Porte-bouteilles ? Combien de redoutables insomnies ont dû essuyer les exégètes ?!

Les ready-mades se succèderont, il y en aura peu ; Duchamp a plus l’esprit aux échecs qu’à la création : quatorze exemplaires, numérotés et signés, seront exposés à Milan, en 1964, dans la galerie du poète et marchand Arturo Schwarz, lequel galeriste assassinera l’idée même des ready-mades en faisant des moulages de l’Urinoir. Sacrilège ! Profanation ! On a beau être poète, on n’en aime pas moins l’argent.

Mais il ne faut pas oublier le défunt ready-made malheureux, un livre de géométrie qu’il enverra de Buenos Aires, en 1929, à sa sœur pour son mariage, lui recommandant de l’accrocher avec une ficelle à un volet de sa fenêtre pour que le vent puisse en consulter les pages et que les caprices du temps finissent par le détruire. Il n’en restera bien sûr rien, rien que l’idée. Duchamp dira : Ça m’avait amusé d’introduire l’idée d’heureux et de malheureux dans les ready-mades, et puis la pluie, le vent, les pages qui s’envolent, c’est amusant comme idée. Il imagine aussi le ready-made réciproque : se servir d’un tableau de Rembrandt comme table à repasser. Fort heureusement pour la survie de la peinture, ce temps fort de la « période couillue » des ready-mades est resté au stade de la représentation mentale !

Lors, on s’interroge sur ce qui reste quand il n’y a ni bon ni mauvais goût, de l’indifférence visuelle et surtout nul esthétisme. Le paradoxe de cette histoire, c’est qu’à aucun moment Duchamp ne parle de vérité car l’art, plus que tout, est porteur de vérité, ce mystère qui nous saisit et que l’on cherche désespérément d’expliquer, voire de transcendance, d’aspiration à la beauté. On pense en particulier à ce vers de Baudelaire : tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or. Lui se contente de prendre une pissotière et de faire illusion en la baptisant Fontaine : le sacre de l’urine ! La naissance de l’anti-art consiste à se débarrasser de ces fichues images rétiniennes pour s’enfermer dans la platitude et l’ordinaire. Mais l’artiste ne peut échapper à la nature qui l’a créé, il ne fait que reprendre les aspects qu’elle lui suggère : formes, traces, impressions, sensations, sentiments, même le rêve, même la folie, même l’indicible sont des attributs de la réalité. Comme Prométhée enchaîné, l’homme, ce mordu d’absolu, ne peut se soustraire à ce qui l’entrave. Si l’esthétisme est critiquable, la laideur l’est aussi, mais prôner l’indifférence est complètement ridicule. Comment peut-on choisir en étant indifférent ? Quand le choix de Duchamp se porte sur un objet tout fait et qu’il le dévie de sa fonctionnalité pour le placer dans un nouveau cadre, que ce soit la solennité d’un musée ou d’une galerie d’art, la chose exposée acquiert la dimension d’œuvre d’art. C’est la baguette magique du mental ou la pire des couillonnades. Les ready-mades ne prétendent à rien d’autre que d’élever l’anodin au sommet de la gnognote artistique. La preuve nous en est donnée avec l’Urinoir qui a fait son entrée dans les sanctuaires de l’art contemporain et qui fait maintenant partie des plus grandes collections. Le patrimoine mondial de l’art s’est enrichi d’un des plus importants chefs-d’œuvre artistiques du XXème siècle : un simple urinoir et tout a changé de face !

Pour revenir à la source de cette Fountain, elle fut envoyée par un inconnu, R.Mutt12, le 9 avril 1917 lors d’une exposition au New York of Independant Artists, exposition où il n’y avait ni jury ni récompense, mais une participation de six dollars. En contrepartie chaque artiste devenait membre de la Society. Duchamp est alors membre directeur et son ami Walter Arensberg, directeur administratif. Mais le pissoir fait débat, il embarrasse, gêne, déstabilise. S’agit-il d’une blague ? Quoi qu’il en soit, on le trouve immoral, vulgaire, seyant plus à l’usage des Water-closets qu’à l’art ; alors on vote ; il est refusé. Quand ils apprennent que l’Urinoir a été rejeté, Marcel Duchamp et Walter Arensberg démissionnent des Independant. Viré des Indépendants à Paris, viré des Independant à New York : la coupe est pleine, si l’on peut dire ! Même Katerine Dreier avouera à Duchamp qu’elle a voté contre. L’original a été exposé dans la galerie du photographe Stieglitz qui l’immortalisera pour la postérité. À voir ces formes généreuses, il lui donnera pour titre La Madone de la salle de bains. A pareille époque paraît une nouvelle revue The Blind Man13 dans laquelle on découvre un article, Le Bouddha de la salle de bains, enclenché par le scandale de l’Urinoir et qui est signé par l’écrivain Louise Norton. Walter Arensberg achètera l’Urinoir, puis il sera perdu, retrouvé, volé, détruit…14

Pour l’anecdote, vingt-deux ans après la mort de Duchamp, un exemplaire de l’urne sacrée, fait son entrée au Centre Georges Pompidou, achetée par l’état français pour la somme de 232.000 euros. Treize ans plus tard, le collectionneur Dimitri Daskalopolos15 acquiert lors d’une vente aux enchères chez Sotheby’s un autre exemplaire de l’Urinoir pour la bagatelle de 1,700 million d’euros16. À l’époque, la Grèce n’était pas encore saignée par la crise ! Ne serait-ce pas là une bonne affaire pour le musée français que de revendre cette pissotière au moins huit fois son prix, pour enrichir par exemple des collections qui en valent la peine ? Duchamp doit bien s’amuser au fond du trou qu’il a creusé pour l’art.

L’homme crée l’objet et l’assujettit à une fonction, l’artiste s’en empare et décide d’en faire une œuvre d’art. Mais l’objet n’est-il pas déjà en soi une invention (et qui invente crée), une rencontre de matériaux, de lignes, de formes, de volumes, de couleurs. Prenez par exemple un presse-citron en plastique rose, suspendez-le au bout d’un fil à pêche, laissez-le tourner dans l’espace, vous pourrez être sûr qu’il prendra une autre dimension, un autre sens ; vous le verrez différemment. C’est ce que fait Duchamp avec son Porte-chapeau et son Trébuchet17. L’un tourne en l’air, l’autre est cloué au sol comme un gisant18. Qu’est-ce qu’ils foutent là, se demande-t-on ? Ce n’est pas la question. De toute façon, vous ne pourrez pas y répondre car comme il le dit si habilement : il n’y a pas de solution parce qu’il n’y a pas de problème. Détourner un objet tout fait est donc bien la preuve d’un intérêt et si, au surplus, on s’amuse à le légender avec une « couleur verbale », c’est encore mieux ! Prenez une bonne vieille tenaille et écrivez dessus : Pince sans rire. Si un objet a la vocation d’œuvre d’art par le simple choix de l’artiste, la messe est dite, mieux vaut roupiller et ne plus se casser la tête à quêter le réel. Est-ce que créer une nouvelle pensée et une nouvelle destination pour un objet ordinaire est un acte de création ? Là se trouve la marque de fabrique du génie bluffeur de Marcel Duchamp. En faisant ses ready-mades, il cloue le bec à tout le monde. Ils sont là, c’est ainsi, que cela vous plaise ou vous déplaise. Joli coup qui va emporter avec lui des générations d’artistes qui ne sauront plus où donner de la tête. ÉCHEC ET MAT ! Les néo-dada en seront baba ! Le sphinx, lui, sourit malicieusement perdu dans la fumée de son havane. L’art rétinien est mort, d’accord, mais ensuite qu’est-ce qu’on fait ? Ni avancer ni reculer, la notion de direction est définitivement close. C’est ce qu’il fera car …la vie est tellement belle quand on n’a rien à faire. Du moins à travailler, j’entends. Travailler est une imbécillité… Mais les artistes de cette époque se tracassent et se passent la matière grise à la moulinette ; ils sont avides de formes, d’expressions nouvelles. Ils clament qu’il faut ouvrir des portes, des fenêtres, et c’est précisément le contraire que fait Duchamp-Rrose Sélavy, en 1920, en fermant la sienne avec sa French Window, renommée Fresh Widow, un jeu de mots dont il est friand, et qui se traduit par Veuve fraîche. Une fenêtre miniature bleu-vert aux carreaux noirs cirés. Alors que tout le monde se dirige vers l’extérieur, lui se renferme dans le fait mental par opposition à la couleur rétinienne, entendez par là la peinture. Comment voit-on les choses ? De l’intérieur ou de l’extérieur ? Et que donnent-elles à penser ? Quelle réalité évoquent-elles ?

Toujours vif et enclin à la déconnade,

Duchamp ouvre tous les robinets que lui offre la modernité ; il concrétise son intérêt pour le mouvement par le biais du cinéma19, Anemic Cinéma, copyrighted Rrose Sélavy, 1926, un film expérimental, sorte de déroulement et d’impulsion de spirales tournant tantôt à l’endroit tantôt à l’envers avec, par intermittence, des jeux de mots et des allitérations en forme de phrases-escargot, le tout ponctué par des notes de piano qui échauffent les nerfs. Aurait-il voulu nous rendre fou qu’il ne s’y serait pas pris autrement car à force de voir tourner ces spirales on a l’impression de les bouffer ! En 1935, il récidivera avec ses Roto-Reliefs, série de douze disques en carton peints et signés qu’il pose sur de petits moteurs rotatifs de manière à ce que le mouvement donne à l’œil l’impression d’être entraîné dans l’abyssale géométrie infernale des spirales. Financés par son ami Henri-Pierre Roché, ils seront exposés à Paris sur un stand du concours Lépine, mais personne ne s’y intéressera.

Elsa von Freytag-Loringhoven,la papesse des artistes new-yorkais

Duchamp et Man Ray, l’homme à la tête de lanterne magique, réalisent un court-métrage : La baronne rase ses poils pubiens, avec, dans le rôle principal, Elsa von Freytag-Loringhoven, la papesse des artistes new-yorkais, surnommée Dada baroness. À ce jour, on ne les a toujours pas retrouvés ! Ni les poils ni le film, d’ailleurs. Duchamp est licencieux, fescennin. Il y a beaucoup de pubis buissonneux et d’évocations sexuelles dans l’œuvre restreinte de l’artiste. On comprend l’intérêt pour les dadaïstes new-yorkais de trouver chez la baroness un symbole emblématique de Dada. Performance ambulante, œuvre d’art vivante, a nude artist, comme elle aimait à s’appeler, cette femme poète et sculpteur, était devenue l’attraction ensorcelante de Greenwich Village, une sorte de vestale-hétaïre totalement azimutée, jobarde, déconcertante et provocante. Dans les quartiers de Manhattan, elle aimait à se promener arborant dans la main un phallus en érection, moulé sur nature. On la rencontrait souvent dans le salon des Arensberg où elle se pavanait, le crâne rasé et passé à la peinture rouge, nue sous une robe insensée faite de petites cuillères20, coiffée de chapeaux extravagants souvent bricolés avec de vieux sacs en papier ; on lui prête aussi un appétit sexuel insatiable pour les artistes, surtout les écrivains. Sans le savoir elle est sans doute, grâce à sa liberté de mœurs, ses audaces libidinales, ses extravagances costumières, ses fabrications de bijoux réalisés avec toutes sortes d’objets de récupération, ses déguisements et ses transformations incessantes – comme débarquer dans une soirée avec le haut d’un seau à charbon sur la tête, les joues décorées de timbres-poste, une cage d’oiseau avec un canari en guise de collier, des bagues à tous les doigts – la première incarnation du Body Art. Elle ne laissera pas grand-chose : quelques poèmes à la tonalité dadaïste, un portrait sculpture de Marcel Duchamp représenté par un verre empli de plumes raccordées à des tiges de fer embouties d’un hameçon, un tuyau de plomberie soclé intitulé God21, ( Dieu ou diminutif de godemichet ? ) un morceau de bois à la forme élancée nommé Cathedral, faisant référence au surnom de cathédrale commerciale que l’on attribuait à l’époque à New York et quelques peintures. Eperdument amoureuse de Duchamp, ils passeront des nuits entières à parler, à boire et à fumer de la marijuana, mais rien de plus : l’ermite ne cèdera jamais aux avances de la baroness qui, à la longue, finissait par l’ennuyer, préférant surtout retrouver ses amis Picabia et Man Ray pour faire des jeux de mots et rire bruyamment. Duchamp dira d’elle : The baroness is not a futurist. She is a future. Elle se suicidera au gaz, à Paris en 1926.

En 1953, Duchamp est admis Satrape transcendantal du Collège de Pataphysique,

et, en 1962, il est coopté membre de l’Oulipo, OUvroir de LIttérature POtentielle, fondé par François Le Lionnais et Raymond Queneau. Preuve qu’il est surtout un humoriste qui prend du plaisir à se jouer des contraires et des contraintes, un fin galéjeur, un calembourdier, un farceur hors du commun, entretenant une rhétorique de l’ironie qui confine souvent à la mystification, et c’est sans doute pour cela qu’il est inclassable, indémodable, «indépassable», mais furieusement excitant ! En 1958 sont publiés deux opuscules intitulés Duchamp du signe et Marchand du sel, une série d’aphorismes où il contrepète à cœur joie. Il faut dire qu’il a profité d’une période de tâtonnement et de transition dans l’art. Est-ce que la Pensée mise à nu par son créateur, même a quelque chose à voir avec la Cosa mentale de Léonardo da Vinci ? se demandent certains avec l’aplomb sérieux des spécialistes. Mais avec le maître florentin, autrement dit l’intoxiqué de la térébenthine, le faiseur de bêtises rétiniennes, on n’est ni dans la même dimension ni dans la même intention.

Sa dernière mystérieuse installation Étant donnés

deux voyeurs

deux voyeurs duchampolâtres

est une vieille porte délabrée entourée d’un mur en brique. Deux ouvertures percées dans le bois à hauteur des yeux permettent de regarder une femme étant donnée, les jambes écartées découvrant son sexe imberbe et béant. Elle tient à la main une lampe à gaz, dans le fond de l’image, une chute d’eau, des arbres se détachant sur un ciel bleu laiteux. Peep show allégorique pour voyeur impuissant ? En réalité, il y a trois ouvertures, deux pour voir et une troisième qui ouvre pour s’interroger sur le mourir en naissant, pleurer sa misère de venir au monde, une blessure, ou plutôt une entaille profonde qui invite le regard du voyeur à un voyage universel à l’intérieur de cette béance d’où nous venons, mais toujours sans nous expliquer pourquoi22. Car ces morceaux de femme sans tête, sans presque rien de jambes, un seul sein et une seule main qui éclaire un paysage très kitsch, n’expliquent rien ; ils évoquent que dans cette composition tout nous est donné(s). C’est à nous de dépiauter l’inventaire de ce mystère. C’est la dernière œuvre de Marcel Duchamp, travaillée dans le plus grand secret. Il n’y a pas de serrure sur la porte, donc pas de clé. Le trou de la serrure se trouve sûrement ailleurs : il est sans équivoque ! Les critiques et les historiens de l’art auront beau mettre tout leur savoir à gloser sur la signification de cette installation et faire force gesticulations intellectuelles et autres analyses confites de références où rien, rarement, n’atteint sa cible, n’est un verbiage universitaire à l’écriture froide et méthodique, une pensée retenue, étriquée, qui entraîne le regard du lecteur dans des régions du raisonnement où l’esprit de l’artiste n’est sans doute jamais allé, rien n’explique cette œuvre absconse. Le seul à avoir pénétré et décrypté l’œuvre de Duchamp, le poète, écrivain et photographe Jean Suquet23, qui lui n’était pas un ensuqué à l’Histoire de l’Art, proposa à Duchamp au printemps 1949 à propos de La Mariée mise à nu : Si je dois écrire sur vous et votre œuvre, ce ne sera pas en critique mais en poète. Marcel Duchamp lui répondra de New York, en août : Suis tout à fait d’accord pour votre projet. Et comme vous le dites « en poète » est la seule façon de dire quelque chose. La même année, Suquet envoie quarante pages sur la Mariée, Visite guidée. Duchamp lui répond illico : …Je vous dois une fière chandelle d’avoir mis à nu ma mise à nu. …Vous êtes le seul au monde à avoir reconstitué la gestation du verre dans ses détails, avec même de nombreuses intentions jamais exécutées. On peut être contre Duchamp et ce qu’il a défait, mais parler de l’art, fût-ce même d’un urinoir, en tant que poète reste la seule manière d’être lumineux, pénétrant, sans limites. Seuls les poètes savent dénouer les fils invisibles d’une œuvre. Rien que pour cela, je dis : bravo Duchamp !

le jeux des énigmes duchampiennes.

L’artiste voit-il le monde si différemment qu’il en devient un amusement banal. Là commence le jeux des énigmes duchampiennes. Certes la pensée est partout présente dans l’art, elle s’inspire de la réalité, la détourne, la dilate, la transcende, mais jamais ne la dépasse et jamais ne lui échappe. L’idée plus forte que l’émotion ! Au sommet, et même au-delà. Duchamp est un malin qui a su entretenir un mystère. Il va même un peu plus loin dans la transcription de ses ready-mades : …Comme les tubes de peintures utilisés par l’artiste sont des produits manufacturés tout faits, nous devons conclure que toutes les toiles du monde sont des ready-mades aidés. Ça gigote du ciboulot ! Fulgurance philosophique ou bien farce ? Il fallait oser sortir cette désarmante constatation qui met à mal toute l’Histoire de l’Art. C’est comme si sa recherche et son œuvre en était l’alpha et l’oméga ! À partir de là, on peut tout faire et même rien, revendiquer le droit à la paresse, ou écrire que L’inspiration ne rime pas avec transpiration. Flaubert lui aurait sûrement fiché son pied au derrière, lui qui disait : Je n’aime rien tant que les œuvres qui sentent la sueur. Mais chaque artiste voit la sueur à ses propres pores. Le désœuvrement et la dérive de l’intellect mènent au pitoyable, à l’orgueil insensé de vouloir bouleverser les choses, de faire une œuvre d’art sans rien faire, et c’est précisément ce qui va se produire dans l’agitation frénétique des suivistes qui n’ont rien compris au choix du sphinx-dandy. Le canular leur a échappé car l’homme était un furieux blagueur qui aimait bien entretenir la mystification. D’ailleurs, il dira dans une lettre à son ami Hans Richter en novembre 1962 : Ce néo-dada qui se nomme maintenant Nouveau réalisme, Pop’art, Assemblage… est une distraction à bon marché qui vit de ce que Dada a fait. Lorsque j’ai découvert les ready-mades, j’espérais décourager ce carnaval d’esthétisme. Mais les néo-dadaïstes utilisent les ready-mades pour leur découvrir une valeur esthétique. Je leur ai jeté le Porte-bouteilles et l’Urinoir à la tête comme une provocation et voilà qu’ils en admirent la beauté. Et prenez ça dans la gueule, messieurs les faiseurs de trucmuches ! Ce n’est pas de l’esthétisme qu’ils font, feu monsieur Duchamp, c’est de la merde, au propre, si l’on peut dire, comme au figuré ! Peu de travail et un discours de minus habens. Quand Philippe Collin demande à Duchamp, lors d’une interview à la Galerie Givaudan, en juin 1967, un an avant sa mort, s’il est un précurseur ou un chef d’école, il répond : les écoles sont bien ennuyeuses, d’abord. Mais alors, chef d’école, c’est encore pire, vous comprenez ! Toujours un peu moqueur, l’œil émerillonné, faisant cheminer son havane entre ses doigts, avec ses inflexions de voix si pleines d’esprit, de charme, de désinvolture et d’élégance, Duchamp a sans conteste la plus belle voix de l’art contemporain, celle qui lui fait si bien ponctuer ses phrases avec ses… comprenez-vous ?! malicieux. Tout cela est fascinant. Il a plus réfléchi que travaillé, mais il a surtout bien entourloupé son monde, avec ce détachement splendide que l’on ne retrouve nulle part ailleurs dans l’Histoire de l’Art. Complice du temps, il s’est affronté à lui-même pour tenter une autre expérience d’artiste, être toujours dans l’intervalle où germe l’idée. Il a vécu comme un esprit solitaire, hors des modes, des courants, des écoles, des clichés et des chemins rebattus ; il a bricolé dans son coin, réfléchi à l’emploi d’un nouveau détournement du langage, un occultisme du sens, expérimenté le monde des concepts, et bien sûr celui des images et des sonorités. Il a su remplacer la peinture et la sculpture par l’idée pure. Son ultime ready-made testament, il le fera dans un restaurant parisien Le Victoria, en 1965, au cours d’un dîner Rrose Sélavy : une urne dans laquelle il recueillera les cendres de son cigare. Duchamp est vieux, mais il continue toujours à s’amuser, à ironiser, à branlocher du cocotier, mettant l’agitation artistique au pied de l’urne. Il se peut aussi que ce soit une manière de faire une ultime passe d’ironie grinçante à la mort : le mirliflore incinère l’art pour l’éternité ! Ceux qui essaieront de l’imiter par la suite en seront pour leurs frais : des précieux téteux ridicules, des fantoches verbeux s’effondrant sur le trou noir de leur ego.

Quelques-uns tenteront, même si la blessure est profonde, de ressusciter la peinture, tandis que la majorité ira s’enferrer dans une des pires débâcles de l’intelligence, se jettera aveuglément dans la gueule du trou du mauvais goût. On verra plus tard la somme d’énergies perdue par les suivistes pour aller dans le mur. Les artistes qui auront eu la velléité de suivre la voie qu’il a tracée, qui n’est en fait qu’une impasse voulue, vont se fourvoyer dans un remue-méninges de questionnements d’un ennui mortel, une production minable, marquée par un manque d’imagination et de créativité sévères. Peut-être ont-ils oublié ou pas compris la chose la plus élémentaire dans l’œuvre de Duchamp, c’est qu’elle n’ouvre sur aucun chemin et se referme sur elle-même. C’est juste le point final de sa version de l’art. Un butoir contre lequel on ne peut que s’écraser. Il faut oublier Duchamp ! Et ne pas croire, comme certains petits formats de l’art contemporain, y avoir échappé. Car comment dépasser ce qui est indépassable. Et c’est avec cela que j’en viens tout naturellement à m’intéresser à Bertrand Lavier. ..

Bertrand Lavier, l’horticulteur

Lavier a peint la signature d Van Gogh sur le mus de la fondation à Arles

Lavier a peint lui-même la signature de Van Gogh sur le mur de la fondation à Arles

Alors qu’il était étudiant horticulteur en herbe, il ne vous aura pas échappé que dans ce vocable on y trouve le suffixe prémonitoire culture, le jeune homme avait pris la mauvaise habitude de passer tous les jours rue Bonaparte devant la prestigieuse Galerie Daniel Templon où s’affichaient à l’époque les grosses pointures de l’art conceptuel, du minimalisme et du Land Art. De vrais cadeaux pour Lavier qui, à force de voir exposer ces rogatons, s’est dit à l’instar de Robert Mitchum : Je suis devenu comédien parce qu’un jour j’ai vu les aventures du chien Rintintin à la télévision. Et je me suis dit, si lui peut le faire, je peux le faire. Voilà comment on devient artiste ! La vie est curieuse, parfois ! Pour débuter sa carrière artistique, Bertrand Lavier choisit le blanc comme couleur de prédilection, une virginale illumination, une fulgurante lucidité. Le blanc le hante à tel point qu’il peint tout en blanc. Ses études d’horticulture vont réapparaître et l’amener dans un premier temps à peinturlurer en blanc des feuilles d’ampélopsis. Quelle audace, mais quelle audace ! Un grand destin d’artiste se profile. Quand elle découvre ce lilial feuillage, Catherine Millet en est tout ébaubie ; elle pressent l’immense artiste qui se dissimule dans cette albescente feuillée et l’invite à la Biennale de Paris. Et c’est parti ! Certes la voie est encombrée par la friperie de Boltanski et de sa femme Annette Messager, mais, en appliqué disciple de Duchamp, il va nous proposer l’ardent ferment de ses objets bouleversés : des frigos blancs repeints en blanc avec une pierre dessus, mais le plus important, figurez-vous, ce n’est pas la caillasse posée sur le toit des réfrigérateurs, (qui eût pu pourtant le hisser au sommet de son art) c’est qu’un objet blanc repeint en blanc, ça change tout ! La destination de ces messages est donc d’une précieuse et solide utilité. Mais son idée majeure, c’est la lumineuse idée du soclage ! Ça laisse pantois ! Il ne se souvient pas que le premier ready-made de Duchamp fut une roue de bicyclette la fourche emboutie sur un tabouret. Ensuite tout y passera : coffres-forts servant de supports à des frigos, pianos repeints avec ce qu’il qualifiera d’immense découverte, d’avancée phénoménale : sa touche Van Gogh pour les frissonnements de la lumière 24; s’ensuivra la furieuse série des skates-boards Chuck Mc Truck soclés comme des sculptures africaines, période « exotique » de la recherche ethnologique ; puis viendront les mixers avec leur désormais célèbre et envoûtante touche acrylique, le mixte frigo cric américain peint en rouge… Un seul impératif l’obsède, faire mieux que Duchamp, c’est-à-dire pire : produire, produire et encore produire, alors que Duchamp prônait la rareté de ses ready-mades, et, pour les protéger de toute contamination esthétique, disait qu’ils devaient être vus par peu de gens. Mais comment faire pire que rien ?! En voilà une belle et titillante question ! Lavier s’abrite derrière la vieille définition de Breton à propos des ready-mades : Objet usuel promu à la dignité d’objet d’art par le simple choix de l’artiste. C’est donc en homme de représentations inénarrables qu’il réussit à nous fourguer l’idée de « greffes d’objets », toujours une réminiscence de ses études d’horticulteur. De septembre 2012 à janvier 2013, Le Centre Pompidou consacre à l’artiste une grande rétrospective thématique où le public peut découvrir entre autres objets dévoyés sa charlatanesque bagnole complètement cabossée à cause d’un accident. Il la nomme pompeusement Giulietta « ready-destroyed ». Je crois avoir échappé à Duchamp, être au-delà… glapit-il. On rigole ! Il a un fieffé culot, lui l’insigne répétiteur, le radoteur, le suiviste endurci, le puristicule du degré zéro d’un art contemporain déguisé en art contemple-rien ! Comment peut-il se prévaloir d’avoir dépassé Duchamp ? S’il n’avait pas été là, vous n’existeriez pas, monsieur Lavier. Vous seriez paysagiste, et l’art y aurait sans doute gagné.

Parmi les naufragés du néant qui ont bu la tasse,

40 ans de petits carrés

Toroni : 40 ans de petits carrés

impossible de passer sous silence les gloires des années soixante, la grande dégringueulade des attristants et pathétiques jeunes nullards du groupe B.M.P.T. Daniel Buren, Olivier Masset, Michel Parmentier et Niele Toroni. Le premier fait des rayures de 8,7 cm, le second des ronds noirs de 9 cm de diamètre sur fond blanc, le troisième, un artiste coloriste qui n’a jamais débandé, exprime sa vacuité sur de grands formats à l’américaine avec, comme impératif, des bandes de 38 cm : un bleu symbolique du bleu, un rouge symbolique du rouge… On a envie de lui dire : fume, mon pauvre ami, picole, comme ça tu verras des roses outremer, des bandes à huit pattes. Enfin, le quatrième, spécialiste des prurits, accumule des empreintes de pinceau n° 50 tous les 30 cm sur châssis, murs en béton et tout ce qu’il peut trouver comme surface à peintrallionner dans une galerie ou tout autre lieu d’exposition. À un journaliste qui pointait leur retard de vingt-cinq ans sur l’œuvre de Mondrian, Parmentier s’esclaffa : Mais Mondrian, c’est le Vermeer de la peinture ! Ces jeunes gens sympathiques ne se souviennent pas non plus de ce que disait leur maître absolu, Marcel Duchamp : …je suis un peu inquiet quand il n’y a plus rien. Je suis contre l’art abstrait qui ne cherche pas autre chose qu’à vous plaire sur la rétine… Concepts, idées : B.M.P.T. est dans la daube.

Vous les artistes fauchés qui bossez dans des ateliers de merde,

Reprendre toute la communauté duchampienne est une besogne tout aussi infernale que vertigineuse : on n’arrivera jamais à démêler cette grappe de crabes, ces illusionnistes de l’ordinaire, ces vanités solidement agrippées comme des tiques à leurs certitudes. Ils ont le carnet d’adresses avec des noms qui leur ressemblent, la servilité et les idées consensuelles qui nous restent en travers de la gorge. Vous les artistes fauchés qui bossez dans des ateliers de merde, sans lumière, pourris d’humidité, vous qui vous gelez les miches quand l’hiver arrive, ne voyez-vous pas la route qui vous a été tracée par vos illustres aînés pour atteindre la notoriété et atterrir dans les grands espaces dédiés à l’art contemporain. Vous n’avez sans doute pas l’esprit assez caressant, le discours suffisamment dilué, le culot intact pour affronter les rendez-vous des grandes biennales d’art. Trop d’artistes tue l’art. Chaque année découvre de nouveaux « talents ». Vous n’êtes pas assez Basel, bande de blaireauteurs ! Comment voulez-vous qu’on vous prenne au sérieux avec vos pinceaux, vos couleurs et vos archéo affutiaux des Beaux-Arts. Tout cela est révolu, désuet, encavé, d’un autre temps. Vous avez loupé la marche civilisatrice du mauvais goût. Vous n’avez rien compris. Tant pis pour vous ! Dans les milieux sirupeux où se développe l’allergie à toute forme de création picturale, entendez par là celle qui ne pratique pas la fascination pour l’objet et sa géantitude menant à l’immensitude crétinerie, celle qui révolutionne par son audace, enthousiasme, endiable, s’ajuste pile-poil à son époque, séduit par son intraitable dénonciation, celle enfin qui est baptisée à coups de millions de dollars dans les salons avant-gardisants, le marché, les institutions, les milieux souasoua où les néo-artistes font des ronds de chapeau pour conquérir l’espace, séduire galeristes, collectionneurs, courtiser les conseillers des fondations et les conservateurs de musées, dans ces cénacles-là, ceux de l’indigence d’une bien triste pensée consensuelle, force est de constater que vous n’aurez aucune chance. Leurs accumulations vous barrent le passage. Quand on les entend jaboter entre eux, c’est fou comme ils peuvent s’aimer, être solidaires, fraternels, amitieux, et si en plus on ajoute qu’ils adorent entendre des autres ce qu’ils pensent d’eux-mêmes, ils ne se sentent plus de joie, l’expansion de leur ego déshydraté n’a plus de limites : les voilà au bord de l’épectase, les grandes orgues leur abalourdissent la tête, ils frissonnent en se faisant des bisous-bisous, se souhaitant bien du courage, l’art est un tel châtiment de l’endurance, un tel purgatoire pour vieilles lunes dépeignées qu’il faut se palucher ensemble, se faire du flafla, quitte à servir le même fatigant et monotone refrain, les mêmes idées dépoilées, tout cela accompagné de cet onctueux galimatias viril et courtois qui entretien une servilité de façade. Plus ils sont ratiboisés des méninges, éreintés par la pratique de toutes sortes de courbettes et de platitudes, plus ils se resserrent au creux de cette bonne vieille modernité qui les unit. Moribonds moins au bord de l’abîme que dans les cocktails où s’étale la foireuse pensée autorisée, les voilà qui déballent toute une enfilade de redites où ils se targuent d’avoir dépassé le vieux Marcel ou détourné quelques faiseurs de génie du temps où la peinture était encore un art. Réfractaires au néant, aventuriers de l’âme perdue, retors au réel, prudents dans l’effort et la ferveur, ils préfèrent pimenter leurs discours de quelques énormités de bon aloi, cette chose inouïe dont tout le monde parle sans que l’on sache vraiment de quoi il s’agit, ces mièvreries dont ils raffolent : l’évolution de la société, le sexe, la dénonciation de la culture à la papa. Ces artistes-là sont reconnus comme la conscience du monde, la fine fleur de l’intelligence au service de la lucidité. Dans cet aréopage contemporain où l’art atteint des Everest de stupidité, la duperie, l’imposture, la transgression d’opérette et le détournement prennent des allures de terreur menaçante. Malheur au ringard qui ose porter l’estocade ! Honte à celui qui critique la critique ! Hors les spécialistes point de salut ! C’en est fini de lui, relégué à tout jamais dans l’insignifiance des embués du ciboulot, des rassis du rachis, des mous de la comprenette, des peine-à-réfléchir. L’idée même du beau fait tache ! Leur truc, ou plutôt leur tour de passe-passe, n’a qu’une fonction : vous méduser, vous tétaniser en vous démontrant que votre pitoyable regard n’est pas à la hauteur du monde marchand où l’objet manufacturé est d’un chic culte innovant, des fois que vous soyez cons au point de ne pas avoir retenu la leçon de génie du plombier R.Mutt. Vous faut-il un dessin pour qu’enfin vous entendiez cette chose élémentaire : un artiste peut se saisir de n’importe quoi pour produire, avec une sublime indifférence, une œuvre d’art. Vous êtes d’une autre époque, d’un temps où l’art générait une émotion, cet effluve de l’âme que vous n’avez jamais respiré. Mais attention, un nom c’est aussi fugace que la survie d’un élastique. Gare aux artistes confirmés qui un jour pourraient bien le reprendre dans la gueule. En attendant, vous sucerez les pissenlits par la racine. N’importe, vous serez soulagés de n’avoir ni roté leur modernité ni crevé d’ennui sur le tas d’âneries de leurs tristes ambitions.

Savoir ausculter son temps avec les bons outils,

envisager de nouveaux médiums pour exciser la vérité, exprimer la vie, la mort, le corps, les sanies, le sexe, la publicité, le consumérisme, dénoncer la guerre, la faim dans le monde lors d’une exposition prout-prout branchée : voilà les louables et généreuses inclinations autour desquelles il faut fanfaronner. S’enfoncer un manche à balai dans le cul n’est pas dénué de fondement ! À preuve, Rabelais disait en son temps que L’esprit se manifeste par le fondement. Alors, frères artistes, proutons ensemble, car le pet c’est l’esprit, la voie royale du devenir de l’art !

Ce qu’il faut pour exprimer son époque et éveiller les consciences, c’est la sanctification des nouveaux totems de notre société de consommation comme peuvent l’être des bouteilles de Coca-Cola25, les fameuses Campbell’s Soup Cans et les Heinz Tomato Ketchup Box26, la lessive Brillo Box27, un savon géant28, un ballon de foot carré sortant d’une malle29, ou je ne sais quelles sortes de briquaillons et d’objets du quotidien. À quand une néo-métaphysique du sexe représentée par un slip géant sur lequel seraient imprimés tout à la fois la tête de Chronos dévorant un de ses enfants de Goya, un fragment d’une Nature morte aux pommes de Cézanne, L’Origine du monde de Courbet, Le Cri de Munch, Champ de blé aux corbeaux de Vincent, le dernier Autoportrait de Picasso, Le Broutage d’asperge d’un anonyme de la fin du XXième siècle, etc.

Ah, l’inventif Fabrice Hyber!

hyber : un cortex sur pattes

hyber : un petit cortex sur pattes

Avec ses multiples POF (L’envie me démange de dire BOF !) – prototypes d’objets en fonctionnement – Fabrice Hyber est considéré comme l’artiste français le plus inventif, farceur exotérique le plus prolifique, le plus joyeusement écolo, iconoclaste protéiforme et anamorpho-machin-chose. Déguisé en gonzesse au milieu de ses bonzaïs avec son chiwawa, le voilà qui se met en scène dans des vidéos chaplinesques en train de mutiler un caoutchouc, de barder les feuilles d’un fusain de ruban adhésif, toutes sortes d’agitations creuses et affligeantes. Entre autres élucubrations humano-potagères, son célèbre mannequin Mit-Man30, une arlequinade fruits et légumes, clin d’œil inspiré à Arcimboldo, mais dont il fallait quand même chaque jour changer quelques éléments à cause de la détestable odeur de chancissure qui s’en dégageait. Mais dites-moi un peu quel amateur d’art contemporain n’irait pas s’encanailler les narines devant une œuvre aussi virtuose ? Ah ! la culture sur pied ! Emotion ou infection ? L’éloge du monde végétal semble passionner Hyber à tel point qu’il crée un « grand verger » pour tous à la gloire de sa postérité. Le revoilà plantant des arbres fruitiers, l’œuvre devant toujours réserver une part d’inquiétude, de mystères et d’angoisses. Qu’un arbre vienne à crever et c’est le concept tout entier qui s’effondre ! Il faut avoir un regard permanent sur le POC, processus objectif de couillonnade. Comme chaque arbre est différent, Fabrice Hyber est différent, singulier et généreux : ses arbres sont là pour vivifier notre imaginaire en nous récompensant de leurs fruits. Voilà au moins une création qui a le mérite du partage. Acte prophétique ! Magicien des temps modernes ? Malédiction sur ceux qui n’éprouvent pas le frisson obligatoire devant une telle abnégation ! Saint altruisme de l’artiste œuvrant pour son prochain.

Jean-Pierre Raynaud, l’autre horticulteur

ah c'est malin!

Raynaud , un pro du pot….et ça le fait rire…

Pour rester dans l’art du jardinage, n’oublions pas non plus les pots de fleurs monochromes de Jean-Pierre Raynaud ; pots rouges, bleus, pots de plus en plus grands, de plus en plus inquiétants ; mais l’apothéose de ce génie c’est d’avoir fabriqué un Pot Doré monumental31 recouvert de feuilles d’or. Avant d’être offert par la Fondation Cartier, qui l’a acquis, au Centre Pompidou, il a beaucoup voyagé, puisqu’il fut suspendu à l’extrémité d’une grue au-dessus du chantier de La Postdamer Platz à Berlin, puis sur La Grande Muraille de Chine, avant de finir, soleilleux et triomphal, soclé en marbre blanc de Thassos sur le parvis du Centre Pompidou32. Ça au moins ça dépote !

On comprend mieux l’entêtement compulsif du maître à reproduire des pots de fleurs quand on sait qu’il a travaillé chez Truffaut. Jean-Pierre Raynaud est un poète-musardeur, un philosophe de la finitude, un habité du zèle zen, ou bien aurait-il eu une fulgurance philosophique quand il errait dans les vieilles stations du métro parisien aux murs carrelés de faïence blanche. À force de tourner autour du pot, peut-être qu’un jour, sait-on jamais, parviendra-t-il à en installer un sur la lune : ce serait la première œuvre d’art extraterrestre ! Avis aux mécènes ! Mais ce n’est pas parce que l’on grandit les choses que l’on se grandit soi-même. Cela ressemble fort à une monomanie qui consiste à débarrasser les objets de l’ordinaire servitude où ils sont exilés pour leur donner une démesure envoûtante qui les situe dans la dimension de l’art. Ces néo-ready-mades censés combattre l’annexion, l’aliénation et le conditionnement de l’individu écrasé par la société de consommation sont hélas trop souvent convoqués à l’éternel accueil des musées, à moins qu’ils ne finissent un jour à la cave si les apologétiques conservateurs de ces attirails venaient enfin à se réveiller. Si d’aventure il vous prenait des velléités de figurer parmi le Top ten des vedettes de l’art contemporain, exposez des brosses à dents, un verre bistrot, des ronds de serviette, ou je ne sais quelles piètres pitreries, et on vous fournira les moyens de vous exprimer en bronze, en marbre, en alu, en plexi, en cristal, mieux : vous accéderez à une internationale reconnaissance ! …donner du poids à des images (objets) qui n’en ont pas, mettre en rapport des codes sociaux et des formes artistiques…, dit Franck Scurti33, l’inventeur de la boîte à sardines en forme de lit34, sont de solides vecteurs du questionnement.

scurti : ah que c'est de la sardine à l'huile!

scurti : ah que c’est de la sardine à l’huile!

Il faut savoir faire la distinction entre les peintres et les plasticiens, ces derniers relevant du concept, des installations et de bien d’autres turpitudes, mais comme les peintres aiment eux aussi à s’appeler plasticiens… Que dire ? Dans ce merdier des confusions, une poule n’y retrouverait pas ses petits. Où les peintres sont-ils passés ? Où est la peinture ? Désuète, démodée, vieillotte, elle ne sert plus que de couche pour recouvrir des objets comme des pots de fleurs !

Au rancart les pinceaux et les pigments salissants ! s’époumonent les nouveaux débarqués de l’art. Au diable l’odeur de térébenthine ! Que faire de ces brosses inutiles ? Dans les années soixante, Jasper Johns a fossilisé dans le bronze sa célèbre boîte à café Savarin remplie de pinceaux et de brosses. Fétiche ou prémonition ? Peuvent quand même pas en faire des tas et les brûler, cela ferait provoc, et puis cela rappellerait de mauvais souvenirs ! On a vu des zigotos détourner des gaines électriques d’un rouge strié, de celles qui fleurissent en abondance sur les chantiers, et les tordre de manière à leur donner forme de lèvres : là, on en reste bouche bée ; (À côté, Le Baiser de Rodin c’est de la roupillade de marbreluche !) ou encore façonner des bancs avec la même matière. Pour autant qu’il faille poser son cul quelque part autant que ce soit sur de l’art. Montaigne disait : Sur le plus beau trône du monde, on n’est jamais assis que sur son cul. Si les néophytes apprenaient que nombre de baptêmes parisiens et versaillais se font avec leurs deniers, ils en auraient des suées, que dis-je, des cauchemars ! Plus on fait moche et plus on fait mouche. La peinture, c’est l’ennemie jurée !

Heureusement qu’il nous reste encore nos vieux appuis, nos résistants :

Francis Bacon, Soulages et sa bête noire, le noir ! Edouard Pignon, Lucian Freud (mort l’année dernière)35, Jean Rustin, Pierre Alechinsky, Vladimir Velikovitch, Lydie Arickx, Miquel Barcelo, Gérard Fromanger, Georg Baselitz, Antoni Tàpies (mort aussi l’année dernière), Gérard Garouste… Malheureusement on se traîne Ben et ses affreurismes sur ardoise36 dont aucuns n’égalent la moindre vesse duchampienne. Ce très appliqué disciple du maître de l’Urinoir, ancien anar-triste devenu anar-chic, n’a jamais rien fait d’autre que radoter et proclamer la mort de la figuration.

Ecoles des Faux-Arts ou des Bas-Arts

Ce désir imbécile de vouloir tout foutre cul par-dessus tête, de ruer dans les brancards, de révolutionner l’art, mais l’art ne se révolutionne pas, il se fait ! Les écoles des Beaux-Arts, viviers de ces néo-gogos ont fait tant de dégâts que l’on devrait désormais les appeler écoles des Faux-Arts ou des Bas-Arts. Si l’on essaie de mettre du poil à gratter dans la mascarade, de dénoncer l’imposture éhontée de ceux qui se tripotent les neurones pour tenter de mettre du sens où il n’y en a pas, ou plus, ni même jamais eu, on passe pour un aigri, un réac, un emmerdeur, un arriériste, quelqu’un d’un autre âge, d’un autre temps, voire un empêcheur de tourner en rond. Ceux qui ont cru que la gauche cultureuse allait tout arranger, bref qu’elle était, artistiquement parlant, moins conne que la droite, s’aperçoivent que ce sont toujours les mêmes qui occupent les mêmes places dans les ministères et célèbrent les grands-messes de l’art contemple-rien. Les FRAC sonnent l’appel à la vacuité. Plus l’art est poussif, chichiteux, absurde, dégoulinant, dépenaillé, vidé de tout contenu, plus ils se réjouissent. Ils sont forts quand même ces bons à nib qui décident entre eux quel artiste viendra foutre ses accumulations dans les sous-sols de la république protectrice des arts. Mais quand un jour, du moins je l’espère, il faudra faire le tri de tous ces machins-bidules et autres rebuts, toute cette falbalasserie, cette clincaille prétentiarde, conservés dans les Mac, les Muma, les Mamac, les MoMa, et autres dépotoirs de la modernité, il faudra une noria de bennes à ordures pour s’en débarrasser. Voilà sans doute où ira croupir cette défaite de l’art et ce naufrage de l’intelligence37. On a beau donquichotter contre les moulins à vent de la contemporanéité rassise, ces forteresses d’artistes léchouillés, entretenus, dorlotés, choyés par une critique bornée, consensuelle et sectaire, encensés par les branlades extatiques de Catherine M., et les choix du mécène François Pinault38 bien au chaud sur son magot qui ne cesse de s’accroître, il y a peu de chance de se faire entendre. En tout cas l’ex-marchand de bois fait ses choux gras avec l’art contemporain ! Ceux qui ont été honorés, décorés, adoubés par les successives strates ministérielles, lesquelles tiennent une sacré couche, sont indéboulonnables ; pour les autres, artistes, rmistes pour la plupart, qui travaillent, développent un goût pour la lucidité et s’acharnent à sortir le réel du traquenard où on l’a foutu, eh bien ceux-là on leur claque la porte au nez, les ramenant à la préhistoire de la culture. Qu’ils restent dans leur caverne de banlieue où dans leur friche, là au moins ils nous foutent la paix. « Il y a des gens qui se lèvent le matin pour pourrir la vie des autres. »

Rien ne vaut une bonne et salvatrice démonstration de riendutoutisme ;

tout traquer, tout dépouiller pour accéder aux nouvelles valeurs du minimalisme, du genre enfoncer profond son doigt dans le trou du zéro, ou dans le cul de Mao comme l’a fait Ai Weiwei – un doigt d’artiste qui a fait le tour de la planète art – ; renchérir sur la valorisation des courants d’air, l’outrecuidance chiasseuse des performances à trois francs six sous, mais aussi et surtout nous confronter à un terrorisme intellectuel qui instille son venin et met le public dans un état de paralysie. De peur de passer pour des ignares, des cons ou des nigauds, tout le monde se tait et fait allégeance à ces nouveaux maîtres. L’important ce n’est pas l’art mais ce que l’on peut en faire. Mais en faire quoi ? Du fric ? Ils en ont ! Du raffut ? Ils ont déjà bordélisé Versailles ceux qui vont de la rue de Valois à Beaubourg puis au Château, le célèbre tandem inspiré Aillagon-Albanel, lequel s’est véritablement déchaîné pour nous fourguer le Homard à l’américaine de Koons, en passant par une sorte de pâtisserie chaffriolante d’un kitsch très manga de Murakani. Versailles a coupé en 2012 à La Fiancée, un lustre tressé de dizaines de milliers de Tampax39 de Joana Vasconcelos, mais pas à son hélicoptère en plumes roses – Lilicoptère – ni à ses Walkyries. La messe est dite ! L’ectoplasme de Marie-Antoinette peut décoller ! Le galeriste Yvon Lambert pouvait alors rebondir sur cette parodie des lieux d’Histoire en nous débraguettant le Piss Christ40 de l’américain Andres Serrano, lui le marchand d’art, collectionneur avisé des clichés représentant des portraits d’excréments photographiés par l’artiste41. On peut dire sans excès que l’on reconnaît certains spécimens d’artistes contemporains aux écoulements de leurs émonctoires : expulsion de comédons pour l’un, pipi, caca pour l’autre, sperme encore pour un autre. L’artiste reçoit et expulse. Comme quoi les exsudats sont souventefois la marque du génie. Eblouissant, non ? C’est l’hallali, la déclitorisation de la beauté, le dégobillis sur la vérité au profit d’un art mastoc, laid, tartignole, criard comme peut l’être ce microcosme artistique qui fermente dans son ventre vérolé par le pognon, le pouvoir et les rodomontades de créateurs prétentieux et impuissants, sans autre verve qu’un besoin irrépressible de paonner avec des intellos de bazar qui meuglent à l’unisson, car à liquider quelque chose autant que ce soit les valeurs du Beau et du Vrai, bref faire du piss grotesque. Cette confusion des genres triomphe dans le médiocre-trash ; plus on met en scène des bites à l’air, plus c’est d’une irrésistible provocation, un défi lancé à la morale et à la bien-pensance. Oliviero Toscani, le photographe de Beneton, (Voir la photo du maître présentant son calendrier mâle, une douzaine de braquemarts raplapla avec, à ses côtés, une gonzesse qui, excitée à la vue de ces organes, ouvre la bouche d’un air bête.) cet illustre artiste exposa à Venise autant de pénis qu’un bordel moyen en eût pu voir défiler pendant une année de pratique besogneuse. Mais qui peut encore s’attarder sur cette pauvre comédie de la mouchenculade ? Veut-on choquer le chaland ? Réveiller le public ? Foutre les sens sens dessus dessous ? Il y a bien ici et là quelques comités de défense du patrimoine qui s’indignent, mais que faire face à un bulldozer tout-puissant qui amoncelle ce fatras de tristes couillonnades relégué par Art press, Beaux Arts magazine et certaines émissions culturelles diffusées vers vingt-trois heures et qui, excepté quelques insomniaques dépressifs, n’intéressent personne. Cette pantomime de la déculottade pour la déculottade, de la branlette tête d’œuf, ils la font entre eux.

Le concept de la bouffissure

plus c'est gros....

plus c’est gros….

Alors que la nouvelle école autrichienne représentée entre autres par le sculpteur Erwin Wurm, pur produit du mouvement Fluxus et des hystérisés duchampiens avec à leur tête le théoricien Georges Maciunas, les plasticiens Joseph Beuys, Yoko Ono, Ben Vauthier, Marcel Alocco…, Wurm a commencé à développer le concept de la bouffissure, toutes choses passant de l’état solide à celui de chewing-gum. Ainsi se met-il à décliner des voitures, les Fat Car, sortes d’autos stéatopyges, turgescences peintes en rose, blanc-crème, rouge Veilhan, sortes d’avachissements dont l’aspect fait penser à des couches de marshmallow qui auraient pris un coup de chaud ; idem pour sa Fat House créée à partir de polyester ressemblant à du coton vierge. Bien sûr, une voiture ramollo du capot et aux portières expansées comme des croupes, une maison qui se boursoufle cela n’est pas très intéressant en soi, mais quand elles se mettent à parler et à nous interroger, alors le petit monde wurmien se met en branle et ça déménage : Pourquoi suis-je obèse ? se demande la maison. Une maison ne peut pas être obèse. On m’a assuré que c’était un fait. Un fait établi. Suis-je plutôt une œuvre d’art ou une maison ? Une œuvre d’art peut-elle être obèse ? etc. Un peu plus loin, une voiture d’enchérir : J’aime mon époque. J’adore mon époque. Je ne supporte pas mon époque. Je ne comprends pas mon époque. On m’a jetée. Je suis allée chez le coiffeur… et bla-bla-bla. L’artiste écartelé par la problématique entre l’art et le réel devient un déformateur professionnel qui se plaît dans le difforme, le distendu, l’empâté, le ballonné, le bedonnant ; il distord un vélo, un camion, un minibus, un frigo, installe des costumes géants sans tête ; un corps gonflé à l’hélium devient une sorte d’énorme mappemonde pourvue d’une drôle de binette ; il met en équilibre des chaises sur deux melons, et tout ce bric-à-brac se déploie dans des lieux d’exposition qui feraient rêver plus d’un peintre et plus d’un sculpteur. Mais notre plasticien est facétieux, un rien taquin : il conçoit ses One Minute Sculptures, créations de gags tous plus affligeants les uns que les autres, où il apparaît avec une carotte dans la bouche, deux sous les aisselles et bien sûr une devant : l’inévitable ! Tantôt il se met en scène avec deux longs stylos dans les oreilles, deux autres dans le nez, il se plaque deux cylindres contre les paupières et une agrafeuse dans la bouche ; tantôt encore, il met en scène Claudia Schiffer avec un balai dans le cul. Un personnage recroquevillé dans une grande bassine verte et une autre sur la tête évoque les valves d’un coquillage ; un autre dont l’orbite sert de point d’équilibre au pied d’une chaise, un autre allongé avec un flacon de Canard WC. sur le crâne, une femme appuyée contre la paroi d’un mur grâce à des rouleaux de papier hygiénique, un visage passe entre les barreaux d’une chaise… Le catalogue de ces sculptures humaines est long et fastidieux.